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Introduction Sur L Argumentation Dissertation

1. La dissertation


Selon les instructions officielles, « la dissertation consiste à conduire une réflexion personnelle et argumentée à partir d'une problématique littéraire issue du programme de français. Pour développer son argumentation, le candidat s'appuie sur les textes dont il dispose, sur les objets d'étude de la classe de première, ainsi que sur ses lectures et sa culture personnelle. »

1. 1. Lire le corpus de textes

• Quel que soit le sujet que vous décidez de traiter, vous disposez d'un corpus de textes qui ont nécessairement un lien entre eux : vous devez donc vous demander ce qui les rapproche (problématique, thèmes évoqués, genre, registre, etc.) et ce qui les distingue. Lisez-les très attentivement et n'oubliez pas d'étudier soigneusement le paratexte (nom de l'auteur, titre, date, introduction éventuelle, etc.).

• La dissertation est sans doute le sujet où ces textes pourront immédiatement être mis à profit. En effet, ils vous fourniront un certain nombre de pistes de réflexion, d'arguments et d'exemples que vous pourrez réutiliser dans votre devoir.

1. 2. Analyser le sujet

• Surtout, quand vous abordez un sujet de dissertation, faites-le autant que possible sans idée préconçue. Posez-vous vraiment la question formulée par le sujet. S'il s'agit d'une citation, mobilisez vos connaissances sur son auteur, l'œuvre dont elle est issue, etc.

Arrêtez-vous sur chaque terme du sujet et demandez-vous ce qu'il implique. Par exemple, la question « dans quelle mesure… » n'appelle pas le même type de réponse que la question « pourquoi » ; l'expression « peut-on vraiment dire » invite à se demander qui « dit » cela et pourquoi, etc. Interrogez-vous sur ce que l'on attend de votre devoir : s'agit-il de réfuter une thèse ? de la discuter ? de la soutenir ?

• Dès la lecture du sujet, notez au brouillon les idées qui vous viennent immédiatement à l'esprit : vous les retravaillerez ensuite, en écarterez sûrement certaines, mais cette première approche vous permettra de solliciter rapidement vos ressources.

1. 3. Construire le plan

• On distingue principalement trois types de plan :
  • le plan dialectique, qui confronte différentes thèses, avant de donner un avis personnel ; ce plan est nécessaire dans les sujets du type Pensez-vous que... ?, Quel est votre point de vue... ?, Dans quelle mesure peut-on dire que... ?, etc. ;
  • le plan thématique qui organise un raisonnement à l'appui d'une thèse, tentant d'en dégager tous les aspects de façon cohérente ; ce plan doit être utilisé pour répondre à des questions comme Qu'est-ce que... une œuvre engagée... un dénouement réussi... ?, ou bien Montrez que..., etc. ;
  • le plan comparatif qui met en parallèle deux thèmes ou deux concepts tout au long du devoir et s'achève sur une synthèse qui peut, selon le cas, mettre en évidence les ressemblances, les différences ou proposer un dépassement.

• Quel que soit le plan choisi, il doit être construit selon une progression logique : votre dissertation doit suivre un fil conducteur qui vous mène à une conclusion. À l'issue de l'élaboration du plan, toutes vos idées doivent avoir trouvé leur place dans une partie. Ne laissez rien au hasard de la rédaction, vous perdriez du temps.

1. 4. Rédiger l'introduction

• Une introduction se construit en trois étapes : amener le sujet, dégager la problématique, annoncer le plan. Pour amener le sujet, vous devez le resituer dans son contexte (histoire littéraire, évolution d'un genre, événements historiques, etc.). L'important dans cette étape est de montrer que le sujet a un intérêt, qu'il ne sort pas de nulle part. Par conséquent, les phrases trop vagues et générales (du type « de tous temps, les hommes… ») sont à proscrire absolument. Il vous faut ensuite citer la phrase du sujet : s'il s'agit d'une citation un peu longue, vous pouvez la tronquer à condition d'en conserver les mots essentiels.

Dégager la problématique revient à montrer en quoi la question posée par le sujet donne matière à réfléchir et ne va pas forcément de soi. Cette étape doit vous permettre d'orienter le devoir, d'indiquer dans quel sens va progresser votre argumentation. Le plus souvent, on peut formuler la problématique sous forme d'une ou plusieurs questions.

• Enfin, vous devez annoncer votre plan, en mettant l'accent sur les articulations logiques entre les différentes parties.

1. 5. Rédiger le développement

• Tout d'abord, l'organisation générale du développement doit montrer que votre dissertation est cohérente et progresse : par conséquent, chaque partie ou sous-partie doit s'achever sur une transition qui récapitule brièvement ce qui vient d'être dit et fait le lien avec la partie suivante.

• Ensuite, il est important d'illustrer chaque idée par des exemples tirés de votre expérience de lecteur et d'élève. Attention, l'exemple ne remplace pas un argument : il vient seulement étayer votre propos. De plus, il doit être assez concis et présenté uniquement en fonction de l'idée qu'il sert (il est ainsi inutile de raconter toute l'histoire de L'Assommoir pour montrer que le roman réaliste se veut le reflet d'un milieu social). Si vous choisissez d'introduire des citations (tirées, par exemple, du corpus de textes proposé), veillez à bien leur attribuer un auteur, à les mettre entre guillemets, à les retranscrire à la lettre et à signaler par des crochets ([…]) tout passage supprimé.

• Enfin, votre rédaction doit être soignée : les correcteurs seront très attentifs à la syntaxe et à l'orthographe. Pensez également à aérer votre devoir en sautant des lignes.

1. 6. Rédiger la conclusion

• La conclusion est peut-être la dernière étape de la dissertation, mais ce n'est pas la moins importante. C'est sur cette note finale que le correcteur restera. Il est conseillé de rédiger au brouillon la conclusion, avant même de commencer le développement. Vous saurez ainsi dès le départ où vous souhaitez aboutir.

• La conclusion a une double fonction : d'une part récapituler le chemin parcouru en mettant l'accent sur ce que vous avez démontré ou sur l'opinion personnelle que vous avez développée ; d'autre part, élargir le sujet, par exemple en évoquant une autre œuvre du même auteur, un courant littéraire qui s'est opposé par la suite à celui dont vous avez parlé, etc. Mais la conclusion ne doit jamais vous servir à ajouter, à la dernière minute, une idée dont vous avez oublié de parler dans votre dissertation.

2. Le commentaire de texte


Selon les instructions officielles, « le commentaire porte sur un texte littéraire. Il peut être également proposé aux candidats de comparer deux textes. En séries générales, le candidat compose un devoir qui présente de manière organisée ce qu'il a retenu de sa lecture, et justifie son interprétation et ses jugements personnels. En séries technologiques, le sujet est formulé de manière à guider le candidat dans son travail. »

2. 1. Lire le corpus de textes

• Quel que soit le sujet que vous décidez de traiter, vous disposez d'un corpus de textes qui ont nécessairement un lien entre eux : vous devez donc vous demander ce qui les rapproche (problématique, thèmes évoqués, genre, registre, etc.) et ce qui les distingue. Lisez-les très attentivement et n'oubliez pas d'étudier soigneusement le paratexte (nom de l'auteur, titre, date, introduction éventuelle, etc.).

• Bien que le commentaire ne porte généralement pas sur la totalité des textes du corpus, vous pourrez vous appuyer sur ces documents pour comprendre le sens du texte à commenter, sa place dans l'histoire littéraire, ses enjeux, etc.

2. 2. Dégager des axes de lecture

• Lisez d'abord le texte plusieurs fois, sans vous laisser décourager si vous avez du mal à le cerner : appuyez-vous sur les connaissances que vous avez de l'auteur, du genre, de l'époque à laquelle il a été écrit. N'hésitez pas à souligner, surligner, annoter le texte au cours de la lecture. Notez au brouillon vos premières impressions, quitte à les retravailler ensuite et à en éliminer certaines.

• Puis, analysez le texte plus en détail. Vous pouvez commencer par faire une étude linéaire qui aboutira à une série de remarques que vous regrouperez ensuite selon les axes de lecture choisis. Attention cependant : cette méthode est assez longue et ne doit pas prendre le pas sur la construction du plan et la rédaction du devoir. Les axes de lecture doivent rendre compte des caractéristiques du texte : selon le cas, vous pourrez en exprimer l'originalité (par rapport aux conventions d'une époque, par exemple), dégager une conjugaison ou une opposition de thèmes, montrer en quoi un premier niveau de lecture est supplanté par un second, moins évident mais plus profond, etc.

• Les axes de lecture doivent constituer les différentes parties de votre plan. Deux écueils principaux sont à éviter :
  • le plan ne doit pas tomber dans la paraphrase du texte (« d'abord l'auteur parle de… ensuite il parle de… ») ;
  • il ne doit pas non plus séparer le fond de la forme.

2. 3. Rédiger l'introduction

L'introduction d'un commentaire procède en trois étapes :
  • présenter le texte et son auteur (titre de l'ouvrage, situation dans l'histoire littéraire, situation de l'extrait au sein de l'ouvrage, forme, etc.) ;
  • exposer votre approche du texte (en quoi est-il singulier ? sous quel angle allez-vous l'aborder ?) ;
  • annoncer votre plan (deux ou trois axes de lecture, articulés entre eux).

2. 4. Citer le texte

• Chacune de vos remarques doit s'appuyer sur le texte. Lorsque vous faites une citation, veillez à la retranscrire à la lettre et à signaler par des crochets ([…]) tout passage supprimé.

• Attention, une citation ne remplace pas une remarque sur le texte, mais vient soutenir votre interprétation. En d'autres termes, citer ne vous dispense pas d'analyser.

• Enfin, utilisez des expressions variées pour introduire vos citations : l'auteur « souligne », « évoque », « dépeint », « tourne en dérision », « met en évidence », « met en valeur », etc.

2. 5. Rédiger la conclusion

La conclusion a une double fonction : d'une part dresser le bilan de votre lecture ; d'autre part, faire une ouverture, par exemple en effectuant un rapprochement avec un autre texte du même auteur, ou avec un autre auteur de la même période. C'est l'occasion de montrer que vous savez puiser dans vos connaissances personnelles pour éclairer le texte sous un nouveau jour.

3. L'écrit d'invention


Selon les instructions officielles, « l'écriture d'invention contribue à tester l'aptitude du candidat à lire et comprendre un texte, à en saisir les enjeux, à percevoir les caractères singuliers de son écriture. Elle permet au candidat de mettre en œuvre d'autres formes d'écriture que celle de la dissertation et du commentaire. Il doit écrire un texte en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d'un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet. »

3. 1. Lire le corpus de textes

• Quel que soit le sujet que vous décidez de traiter, vous disposez d'un corpus de textes qui ont nécessairement un lien entre eux : vous devez donc vous demander ce qui les rapproche (problématique, thèmes évoqués, genre, registre, etc.) et ce qui les distingue. Lisez-les très attentivement et n'oubliez pas d'étudier soigneusement le paratexte (nom de l'auteur, titre, date, introduction éventuelle, etc.).

• L'écrit d'invention n'est pas un exercice de pure imagination : vous devez vous appuyer fortement sur les textes du corpus, en comprendre les caractéristiques, les lire à la lumière des genres littéraires et des objets d'étude au programme.

3. 2. Respecter les contraintes du sujet

• Vous pourrez être invité à rédiger un article (éditorial, article polémique, article critique – éloge ou blâme, etc.), une lettre (réponse à une lettre présentée dans le corpus, courrier des lecteurs, lettre ouverte, lettre fictive d'un personnage tiré d'un texte, etc.), un monologue délibératif, un dialogue théâtral, un essai, un récit didactique (fable, apologue, etc), une réécriture (parodie, pastiche), etc.

• Votre devoir devra donc respecter un certain nombre de contraintes liées à la forme et au genre littéraire. Avant de rédiger, récapitulez ce que vous en savez : procédés d'écriture utilisés, registre (comique, tragique, polémique, etc.), point de vue du narrateur, mise en forme (une lettre ou un texte de théâtre, par exemple, ont des caractéristiques très spécifiques), etc.

3. 3. Soigner l'expression

• De manière générale, vous devez porter une attention particulière à la syntaxe et à l'orthographe. Puis, selon le sujet, vous pourrez être amené à vous exprimer de différentes manières : la rédaction d'un blâme, par exemple, impose souvent d'employer un vocabulaire péjoratif ; un discours enflammé recourt à des phrases exclamatives ; une description s'appuie sur de nombreux adjectifs ; une argumentation est structurée par des connecteurs, etc.

• Dans tous les cas de figure, veillez à employer un vocabulaire riche et varié, traquez les répétitions maladroites et relisez-vous attentivement.

4. La question liminaire


Selon les instructions officielles, les questions « font appel à [vos] compétences de lecture et [vous] invitent à établir des relations entre les différents documents et à en proposer des interprétations. Ces questions peuvent être conçues de façon à élaborer l'autre partie de l'épreuve écrite consacrée à un travail d'écriture. »

4. 1. Lire le corpus de textes

Quel que soit le sujet que vous décidez de traiter, vous disposez d'un corpus de textes qui ont nécessairement un lien entre eux : vous devez donc vous demander ce qui les rapproche (problématique, thèmes évoqués, genre, registre, etc.) et ce qui les distingue. Lisez-les très attentivement et n'oubliez pas d'étudier soigneusement le paratexte (nom de l'auteur, titre, date, introduction éventuelle, etc.).

4. 2. Comprendre la question

• La (ou les) question(s) liminaire(s) s'appuie(nt) directement sur le corpus de textes, en vous invitant selon le cas :
  • à situer les documents dans leur contexte (mise en relation avec un mouvement littéraire) ;
  • à dégager un thème commun à plusieurs documents ;
  • à comparer les différents genres et registres ;
  • à confronter les textes pour montrer à la fois leurs points communs et leurs spécificités.

• Ces textes ont toujours un rapport avec les genres littéraires et les objets d'étude au programme : vous devez donc mobiliser les connaissances acquises au cours de l'année, afin de bien comprendre l'enjeu de la question.

4. 3. Rédiger et organiser la réponse

• Votre réponse doit se présenter sous la forme d'un texte construit et correctement rédigé : les notes et les abréviations sont à proscrire. Par ailleurs, veillez à employer un vocabulaire riche et varié, traquez les répétitions maladroites et relisez-vous attentivement.

• Bien que la question posée nécessite de vous appuyer sur les textes, prenez garde à ne pas transformer votre réponse en un catalogue de citations qui n'apporte aucun élément d'analyse. Toute citation doit en effet venir à l'appui d'une interprétation.
N'oubliez pas d'attribuer son auteur à chaque citation, de la mettre entre guillemets, de la retranscrire à la lettre et de signaler par des crochets ([…]) tout passage supprimé.

• Enfin, votre réponse doit être organisée : quel que soit le type de rapprochement que vous avez à faire, il ne s'agit pas de « raconter » un texte, puis l'autre, mais de dégager des points communs ou des différences, en ne perdant pas de vue la spécificité de chaque document.

5. La lecture méthodique à l'oral


Selon les instructions officielles, « l'examen oral a pour but d'évaluer la capacité du candidat à mobiliser ses connaissances. Il doit lui permettre de manifester ses compétences de lecture, d'exprimer une sensibilité et une culture personnelles et de manifester sa maîtrise de l'expression orale ainsi que son aptitude à dialoguer avec l'examinateur. »

5. 1. Lire le texte

Le passage que vous aurez à expliquer est tiré de la liste d'œuvres et de textes que vous avez étudiés au cours de l'année. Lisez attentivement le texte plusieurs fois en mobilisant vos connaissances sur l'auteur, le genre, la période, la forme, etc.
Au fil, de la lecture, nhésitez pas à souligner, surligner, annoter le texte, lister au brouillon les premières idées qui vous viennent.

5. 2. Dégager un axe de lecture

• La lecture méthodique nécessite de dégager un axe de lecture, une perspective sur le texte qui orientera votre explication et montrera l'intérêt du passage étudié. Pour déterminer cet axe, posez-vous des questions sur le texte : qui parle ? de quoi ? quel est l'enjeu du texte ? quel est son plan (les différents mouvements du passage) ? Quels sont les champs lexicaux qui dominent ? quel registre et quelle tonalité sont employés ? en quoi ce passage est-il caractéristique d'un mouvement ou d'un genre ?, etc.

• Attention à ne pas calquer artificiellement une perspective sur un texte : vous ne devez pas transformer la lecture méthodique en une récitation de cours, mais bel et bien partir du texte pour en dégager l'intérêt principal.

5. 3. Conduire l'explication

• La lecture méthodique est structurée en quatre étapes :
  • l'introduction qui situe le texte dans l'œuvre et dans l'histoire littéraire ;
  • la lecture à haute voix qui doit montrer que vous comprenez le sens du texte et respectez son ton, sa forme, etc. (en poésie, faites attention en particulier au mètre du vers) ;
  • l'analyse proprement dite, où vous développez votre axe de lecture en vous appuyant sur le texte ;
  • la conclusion qui récapitule les points les plus importants et tente une ouverture vers d'autres problématiques ou d'autres textes.

• Pour développer votre axe de lecture, vous pouvez suivre l'ordre du texte (en veillant à ne pas vous contenter d'une stérile paraphrase) ou bien choisir une approche synthétique qui examine le texte en son entier sous différents angles à chaque fois (comme, par exemple, dans un plan thématique de commentaire composé).

© rue des écoles

Quel sujet pourrait tomber le jour J ? Nous avons demandé à des professeurs de français de proposer des intitulés de sujets et de rédiger des corrigés (plans détaillés). Entraînez-vous en conditions réelles et vérifiez, ensuite, si vous auriez vu juste !

Objet d'études : la question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Travail d'écriture : la dissertation

Le sujet

L'apologue est-il vraiment destiné aux enfants, comme on a tendance à le dire pour les contes de fées ? Vous appuierez votre réflexion sur les textes et les œuvres que vous avez étudiés en classe ou rencontrés dans vos lectures personnelles.

Le corrigé

Introduction

L'apologue se définit comme un récit à visée morale. Les Grecs considèrent Ésope, auteur du VIe siècle avant J.-C., comme son inventeur avec le genre de la fable. Ce genre argumentatif existe en fait dans toutes les cultures. L'œuvre Kalila et Dimna, recueil de contes, en atteste pour la littérature arabe. Son auteur, Ibn al-Muqaffaa, au VIIIe siècle, aurait traduit des apologues indiens pour éduquer un prince. Cette volonté de plaire et d'instruire devient un principe du classicisme au XVIIe siècle. La Fontaine dédie ainsi les premiers livres de ses Fables au dauphin, alors âgé de sept ans. Mais l'apologue est-il vraiment destiné aux enfants ? Ce public est-il le plus à même de comprendre le message transmis par le récit ? Il est vrai que l'apologue apparaît comme un genre adapté aux plus jeunes. Cependant, il convient mieux aux adultes.

I – Certes, l'apologue semble destiné aux enfants

A – Un récit simple et plaisant qui répond au goût des enfants pour les belles histoires.

L'histoire domine en occupant la plus grande partie du texte. La simplicité provient d'un schéma narratif clair et de la présence d'un héros dont la quête est l'élément essentiel du récit. Exemple : Perrault, Contes de ma mère l'Oye (1697) "Le Petit Poucet" -> Le jeune lecteur suit les aventures du cadet de cette famille pauvre, de son abandon par ses parents en forêt à sa réussite grâce aux bottes de sept lieues volées à l'ogre. Il peut aisément s'identifier au personnage.

B – Le registre merveilleux

L'auteur met en scène un monde merveilleux. Le surnaturel est présent à travers les personnages comme les animaux personnifiés ou encore les êtres irréels dotés de pouvoirs magiques. Exemple : La Fontaine, Fables (1668), "La Cigale et la Fourmi" -> La cigale apparaît comme une artiste qui s'est consacrée à sa passion en oubliant ses besoins vitaux, tandis que la fourmi représente une personne avare mais prévoyante. Ces deux personnages dialoguent, la fourmi brille par son sens de la repartie lorsqu'elle claque la porte à la cigale, l'invitant à danser après avoir chanté tout l'été.

C – La visée didactique associée au ludique

Certaines morales sont très claires. Elles sont explicites et formulées de sorte que l'enfant puisse les mémoriser. Elles sont souvent écrites en vers, la musicalité est un bon procédé mnémotechnique pour les enfants. Exemple : Perrault, Contes de ma mère l'Oye (1697) "Cendrillon" -> le conteur fait suivre son récit en prose d'une moralité qui comporte ces deux vers : "La bonne grâce est le vrai don des Fées ;/ Sans elle on ne peut rien, avec elle, on peut tout." Il entend par là que la gentillesse ouvre toutes les portes.

II – Cependant, l'apologue est plus difficile à comprendre qu'il n'y paraît

A – La complexité du récit

Le choix du registre merveilleux n'est pas motivé uniquement par le plaisir du lecteur. Il s'agit aussi de dissimuler une critique de ses contemporains grâce à des personnages symboliques pour éviter la censure ou accentuer les défauts humains. Seuls les adultes peuvent donc discerner derrière les traits des animaux les véritables cibles des auteurs. Voltaire précise dans l'épître dédicatoire à Zadig (1748) que son conte philosophique est un "ouvrage qui dit plus qu'il ne semble dire". Exemple : La Fontaine, Fables (1678), "Les Animaux malades de la peste" -> Le lion, appelé couramment le "roi des animaux", représente Louis XIV, le renard et le loup peuvent incarner ses courtisans, l'âne symbolise le peuple, qui est toujours victime des puissants.

B – La vision pessimiste

L'apologue est souvent le reflet d'une réalité qui est difficile à accepter. L'enfant avec son innocence et sa naïveté ne voit pas le monde tel qu'il est. L'écrivain donne même parfois une vision pessimiste de l'existence. Exemple : Voltaire, Candide (1759), chapitre III, "Comment Candide se sauva des Bulgares, et ce qu'il devint" -> Le philosophe raconte une bataille qu'il qualifie de "boucherie héroïque" dont le bilan sera de seize mille morts.

C – Le côté immoral

Les enfants ont tendance à prendre le parti du vainqueur, ils passent alors à côté de la leçon transmise par l'apologue. Rousseau critique ainsi les Fables de La Fontaine dans Émile, ou De l'éducation (1762) : "La morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu." Exemple : La Fontaine, Fables (1668), "Le Loup et l'Agneau" -> Malgré ses arguments et son innocence, l'agneau est dévoré par le loup, car "La raison du plus fort est toujours la meilleure", comme le précise le premier vers. Mais l'auteur veut dénoncer cet état de fait en le constatant et non inciter les lecteurs à exercer la loi du talion.

Conclusion

Les apologues ne sont donc pas réellement destinés aux enfants, comme on pourrait le croire au premier abord. En effet, ces récits qui mettent en scène des êtres irréels divertissent leurs lecteurs. Pourtant, l'enjeu dépasse les capacités de compréhension des enfants tant par l'aspect symbolique, voire allégorique, des personnages que par la vision pessimiste et immorale de certains textes. Les fabulistes du XXe siècle, comme Queneau ou Anouilh, accentuent encore la difficulté pour de jeunes lecteurs. Leurs parodies ne sont accessibles qu'à condition de connaître les fables classiques dont ils s'inspirent.

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